Camille Claudel, de la grâce à la folie

37ème Café Mémoire

Vendredi 24 Avril 2015

Camille Claudel, de la grâce à la folie

par Jocelyne Barbier

Ce Café Mémoire avait été espéré depuis la découverte, en avril 2013, de l’exposition dédiée à Camille Claudel, qui Affiche Café mémoire Camille Claudels’était tenue dans l’enceinte du centre hospitalier spécialisé de Montfavet, et que certains d’entre nous avaient découverte lors d’une sortie AVV.

Pour mener à bien ce projet, plusieurs rencontres avec la conférencière, Jocelyne Barbier furent nécessaires pour mettre en place le diaporama qu’elle souhaitait commenter, et chaque rendez-vous confirma sa parfaite connaissance du sujet et sa passion indéfectible pour Camille Claudel.

Emaillant ses propos de détails et anecdotes recueillis lors de ses nombreux voyages sur les lieux de vie de la famille Claudel, elle leva le voile sur cette histoire, dont les codes sociaux draconiens de la fin du XIXème siècle, rendaient inconcevable, voire scandaleux, le fait qu’une jeune fille de 17 ans veuille être sculpteur.

Une fois encore, l’ambiance, la convivialité prouvèrent, que ces rencontres trimestrielles sont attendues par de nombreux habitués qui trouvent un véritable plaisir à s’y retrouver, puisque 90 réservations furent enregistrées.

Ce concept original et chaleureux permit à Madame Barbier de se sentir très vite à l’aise parmi l’assemblée, élargie à la fin du repas par une vingtaine d’auditeurs qui trouvèrent place autour de tables dressées à leur intention où boissons chaudes et petits chocolats leur furent proposés pour les aider à patienter.

Camille 10Les derniers cafés servis, notre conférencière quitta ses voisins de table, pour rejoindre le micro qui attendait ses révélations sur cette histoire souvent méconnue ou déformée, figeant les deux protagonistes dans des rôles et clichés stéréotypés, bien souvent erronés, car vous l’aurez compris, Madame Barbier ne pouvait pas dissocier l’élève du maître et Camille de Rodin.

C’est donc, devant une assistance suspendue à ses lèvres, qu’elle nous fit entrer, avec son exceptionnelle documentation, et dans le douloureux destin de cette artiste.

Je laisse à Marie-Claude Sevenier le plaisir de vous emmener à la rencontre de cette femme hors du commun, issue d’une famille si particulière et peut-être aussi celui de découvrir « un Rodin » plus généreux qu’on a l’habitude de l’appréhender….

Lors du café-mémoire du 24 avril 2015, Madame Jocelyne BARBIER, documentaliste à l’hôpital de Montdevergues, nous a présenté « Camille Claudel de la grâce à la folie ».

Elle nous confie que touchée par les nombreux visiteurs venus à l’hôpital à la recherche de Camille Claudel, elle a voulu faire une étude plus approfondie à partir de confidences et anecdotes rapportées par certaines de ces personnes.

Camille la rebelle

Camille Claudel est née le 8 décembre 1864 à Fère-en-Tardenois dans l’Aisne, elle est la sœur de Paul Claudel Camille 8l’écrivain. Plutôt garçon manqué et rebelle, dès son enfance elle n’est pas aimée par sa mère qui lui préfère sa jeune sœur plus conforme à ce qu’elle attend d’une fille.

En 1876, la famille déménage à Nogent-sur-Seine où Camille rencontre le sculpteur Alfred Boucher, qui remarque ses aptitudes à la sculpture. Les Claudel s’installent à Paris en 1882 ce qui permet à Camille de suivre les cours de Boucher malgré le désaccord de sa mère qui détestera toujours l’activité artistique de sa fille. A l’époque, la sculpture était interdite aux jeunes filles et ne leur sera autorisée que peu avant 1900. Il s’agissait donc d’ateliers «clandestins». Seules trois jeunes anglaises prenaient des cours avec elle. Sa mère, plus que son père, considère que sa fille est la honte de la famille.

Camille et Rodin

Camille 1C’est alors qu’elle rencontre Rodin qui, intrigué par la personnalité de Camille, a accepté de lui donner des cours à Contratla demande de Boucher qui doit partir à Rome. Très vite une relation passionnée débute entre eux, Camille prenant un grand ascendant sur Rodin subjugué par cette jeune fille d’à peine 17 ans. Preuve de cet ascendant, elle lui fait signer un contrat rédigé par ses soins par lequel il s’engage à travailler exclusivement avec elle. Elle sera son seul modèle et la seule dont il exposera les œuvres avec les siennes.

A cette époque Camille travaille beaucoup avec lui. Elle participe à la création d’œuvres importantes telles La Porte de l’Enfer, Les Bourgeois de Calais. Peu à peu elle est reconnue comme une véritable artiste bien que dans l’ombre de Rodin.

En effet, seuls les maîtres signaient alors les œuvres réalisées avec leurs meilleurs élèves. Elle lui reprochera beaucoup cela alors que tous les artistes faisaient de même.

Cette relation difficile est coupée de fréquentes séparations, ce qui va lui permettre de rencontrer Debussy qui va l’ouvrir à d’autres formes d’art.

Elle se partage entre les deux hommes. Peu à peu Rodin se détache d’elle et en 1892 le couple se sépare définitivement.

La sculpture de Camille, l’Age Mûr (1899), symbolise cette rupture. Rodin, l’homme mûr, est placé entre la jeunesse Camille 6implorante et la vieillesse. C’est en 1899 que Camille va s’installer sur l’ile Saint-Louis dans le sous-sol d’un hôtel particulier.

Dès lors sa vie devient difficile, elle travaille seule, ne voit que ses chats, ne sort jamais et a des soucis financiers. Sa haine se focalise sur Rodin, sa raison vacille.

Rodin, informé de sa situation va lui envoyer des mécènes, des collectionneurs et de l’argent. Tout cela anonymement et pendant des années.

Camille et l’hôpital psychiatrique

En 1913, à la mort de son père, son seul soutien, Camille est internée à la demande de sa famille à l’asile de Ville-Evrard où elle est diagnostiquée psycho-paranoïde. La guerre arrivant, elle est transférée à Montdevergues, premier hôpital psychiatrique de France, dans ce qu’on appelait alors une maison de convalescence où les pensionnaires, généralement des personnes dont le mode de vie faisait honte à leur famille, jouissaient d’un certain confort : appartement, mobilier et pour certains domestiques.

Au bout de quelques mois, sur les 205 personnes concernées, 204 seront reparties, sauf Camille.

En effet, elle avait écrit à un cousin pour lui signaler sa situation.

Celui-ci avait fait publier l’histoire de cette séquestration d’une « grande artiste » dans les journaux parisiens. Sa mère demande alors au directeur de l’hôpital d’isoler totalement sa fille.

Elle fait ajouter une clause de séquestration lui interdisant toute visite et tout courrier sauf pour elle-même et son Séquestrationfils Paul. Elle ne viendra jamais voir sa fille et Paul viendra 11 fois, quelques minutes dans le bureau du directeur, en 28 ans.

Un peu plus tard, sa mère ne payant plus la pension, elle est placée chez les « folles » dans le plus grand dénuement, mais le directeur lui donnera toujours une chambre individuelle malgré la demande de sa mère de la mettre chez les indigents.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’hôpital est réquisitionné par les Allemands, les malades sont entassés dans deux bâtiments, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes, dans des conditions d’hygiène déplorables, à peine chauffés et nourris.

Pourtant les malades produisaient des légumes et faisaient de l’élevage, mais tout était réservé à l’hôpital Sainte-Marthe.

Deux mille vont mourir pendant ces années. On y voit les mêmes images que dans les camps de concentration.

C’est une parente venue lui rendre visite en août 1943 qui fait savoir à son frère qu’elle va mourir si on ne l’aide pas rapidement. Paul ne fait rien. Elle meurt le 19 octobre 1943.

Camille 3Elle est enterrée au cimetière de Montfavet dans le carré réservé aux malades. La famille l’ayant abandonnée, trois ans plus tard elle est transférée dans la fosse commune.

Sur un mur latéral du tombeau familial des Claudel est Camille 9seulement apposée une petite plaque avec son nom et les dates de sa naissance et de sa mort.

En 2008 un Camille 2cénotaphe est créé au cimetière de Montfavet à l’initiative d’un neveu.

Pendant son internement Camille a écrit de nombreuses lettres jamais expédiées et restées, à la demande de sa mère, dans le bureau du directeur de l’hôpital.

Elles seront brûlées à sa mort. Seul son paroissien, caché par la dernière religieuse qui s’était occupée d’elle, a été retrouvé 50 ans après, grâce à un aumônier informé par une religieuse très âgée, dans la chapelle de Montdevergues. Il se trouve au musée des Arcades à l’hôpital

La fin de la conférence est arrivée trop rapidement, Madame Barbier ayant su par ses connaissances, par les témoignages directs qu’elle a recueillis et par sa passion captiver le public. Pour en savoir plus, il ne faudra pas manquer de lire le livre qu’elle a écrit ayant pour titre : L’enfermement de Camille Claudel à Montdevergues.Camille 5

Comme à chaque rendez-vous, les groupes eurent bien du mal à se séparer, les uns et les autres restant encore imprégnés des poignants documents révélant de manière tout à fait authentique la terrible tragédie d’une vocation artistique étouffée, doublée d’un isolement autant familial que social.

La soirée se termina par l’annonce des prochaines manifestations du mois de mai, auxquelles les Amis du Vieux Velleron participeront dans le village (Fête de la fraise- Fête des fleurs et Vell’Art), ainsi que le prochain Café Mémoire du 12 juin ayant pour thème :

« Les mutineries durant la guerre 14-18« , conférence animée par Serge Truphémus.                                                                                  M.K & M-C.B

 

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