Café Mémoire « Sur les pas de Jean-Henri Fabre »

26 ème Café Mémoire Vendredi 1er Juin 2012

« Sur les Pas de Jean Henri Fabre, de Saint Léons à l’Harmas de Sérignan » par Marc Maynègre

Nous étions encore sous le charme provençal et venions de quitter Frédéric Mistral et les Félibres, rencontrés lors du précédent Café Mémoire, que déjà il fallait se préparer à accueillir Jean-Henri Casimir Fabre, lui-même Félibre, (en 1909, Il est élu Majoral du Félibrige -Cigalo de Carcassouno, o de l’Amourié- ) mais aussi, grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète, comme aimait à le qualifier, l’académicien Jean Rostand.

Si le temps, était en adéquation avec le calendrier, qui affichait la première page de juin,  les nombreuses manifestations estivales fleurissant un peu partout, à Velleron, comme dans les villages alentours, nous privèrent d’un public trop sollicité, ne sachant que choisir.

Cependant, la cinquantaine de plateaux repas fut partagée dans la même ambiance chaleureuse et conviviale qu’à l’accoutumée et pour la première fois, nous avions le plaisir d’accueillir une vingtaine de spectateurs venus exclusivement écouter la conférence. Avec notre conférencier, Marc Maynègre que nous retrouvions avec grand plaisir, (il nous avait confié avec brio, les secrets du Pastis et de la famille Pernod, lors d’un précédent Café Mémoire) nous pouvions partir à la rencontre de cet homme de sciences, né le 21 décembre 1823 à Saint-Léons du Lévézou (Aveyron), dans une famille très modeste, mort le 11 octobre 1915 à Sérignan-du-Comtat (Vaucluse),

Très vite, la salle emboita le pas de ce poète épris de nature dont les difficultés professionnelles du père, paysan devenu cafetier, vont interrompre sans cesse sa scolarité, l’obligeant ainsi à être autodidacte dès l’âge de 10 ans. A partir de 1833 et pendant les six années suivantes, l’instabilité paternelle, va pousser la famille à Rodez, Aurillac, Toulouse, Montpellier, (il a 14 ans et est tenté par la médecine mais doit y renoncer pour aider ses parents) Pierrelatte et enfin Avignon…

En 1880, ayant appris qu’un concours d’entrée recrutait des élèves instituteurs, il part à Avignon, sort premier de sa promotion et rentre à l’École normale d’instituteurs. Reçu en qualité de pensionnaire boursier, il est, à dix-sept ans, enfin assuré du gîte et du couvert. M. Maynègre complète cette information par ces détails « croustillants » : « Les résultats de sa première année sont passables. Au milieu de la seconde, il est déclaré « élève insuffisant et médiocre ». Piqué au vif, il demande et obtient de suivre son dernier semestre en 3e et obtient en 1842, le Brevet Supérieur avec une année d’avance sur le cycle habituel ». Mais aussi que : « Étouffé par l’enseignement de l’époque, qu’il qualifie de « prison», il met à profit la clémence du climat de la région pour encourager l’enseignement en plein air ».

Nous apprendrons également, que toujours poussé par son envie d’apprendre, J.H Fabre consacre son temps libre à la préparation de nouveaux diplômes, en continuant de mener diverses recherches, notamment en entomologie. Il obtiendra en 1844, à Montpellier, le baccalauréat ès-lettres, en 1846 le baccalauréat en mathématiques, puis en 1847 la licence de sciences mathématiques pour enfin en 1848, obtenir la licence de sciences physiques.

Un murmure d’étonnement admiratif parcourt l’assistance, complètement rassurée quant aux mentions précédemment relevées : « d’élève médiocre »…

Puis, en 1849, il s’installe en Corse, où il est nommé professeur de physique au collège impérial d’Ajaccio. Même si cette île offre au jeune professeur un champ de recherches et d’observations, qui va compléter ce qu’il a déjà entrepris sur les pentes du Ventoux, il doit, pour des raisons de santé (paludisme contracté en herborisant), demander son retour sur le continent pour se soigner. Il rentre définitivement en janvier 1853, sera nommé professeur, répétiteur de physique et chimie au lycée impérial d’Avignon et y enseignera pendant 18 ans.

« Cependant, malgré toutes ces années, il quitte l’enseignement sans obtenir de pension, ne pouvant supporter d’avoir été dénoncé comme « dangereux », pour avoir osé expliquer devant des jeunes filles « innocentes » la fécondation des fleurs ».

Nous sommes littéralement sous le charme de ce conférencier-conteur hors pair….., le temps file, mais nul ne s’en aperçoit…. Il raconte encore et encore ….pour notre plus grand plaisir et c’est ainsi que nous cheminons auprès de ce savant, mondialement connu pour ses Souvenirs entomologiques, (un demi-siècle d’études et de descriptions de la vie et des mœurs des insectes) traduits en quinze langues et qui, au Japon, est au programme des enseignements primaires.

Nous l’accompagnerons également, dans les moments les plus heureux de sa vie, comme dans les plus dramatiques, car, parmi les 7 enfants qui naîtront de son premier mariage et les 3 du second, plusieurs disparaitront en bas âge. Le décès de son fils Jules, en qui il voyait son successeur, survenu le 14 septembre 1877 à l’âge de 16 ans, l’affectera énormément. C’est à lui, qu’ il dédiera sa deuxième série des Souvenirs entomologiques.

La salle reste en haleine et silencieuse , devant ce parcours souvent si chaotique mais nous arrivons… chez lui… à l’Harmas….

« … C’est là ce que je désirais, un coin de terre, oh ! pas bien grand, mais enclos et soustrait aux inconvénients de la voie publique ; un coin de terre abandonnée, stérile, brûlé par le soleil, favorable aux chardons et aux hyménoptères…»

L’Harmas deviendra le premier laboratoire vivant de la nature.

Après une conférence construite dans le souci du moindre détail, nourrie d’anecdotes amusantes, le mot fin pourrait apparaître sur l’écran…mais M. Maynègre quitte sa table de projection pour venir dans la salle répondre aux uns et aux autres, mais aussi décrire la vie à l’Harmas et expliquer que, très vite, le laboratoire prend place dans l’aile gauche du bâtiment, pour laisser le reste comme lieu de vie à la famille.

– que sa petite table de travail est toujours près de lui, suivant la lumière ou l’envie (il n’y a pas l’électricité à l’Harmas à cette époque-là). Elle n’a qu’un tiroir qu’il oriente systématiquement à l’envers.

– mais aussi, qu’avant, que ne s’éteigne, à l’âge de 92 ans, celui qui voua toute sa vie à l’étude des insectes, le Président de la république Raymond Poincaré viendra lui apporter l’hommage de la nation (Officier de la Légion d’Honneur en 1910).

Le vieux cimetière de Sérignan l’accueillera en 1915 dans la tombe familiale, sur laquelle il avait fait inscrire cette phrase de lui-même « la mort n’est pas une fin mais le seuil d’une vie plus haute ».

Avec ce dernier tour de micro et ces dernières paroles, nous savons que nous allons devoir bientôt nous séparer, car la visite est terminée…

Visite enchanteresse guidée de main de maître*, qui a donné à ceux qui ne connaissent pas encore l’Harmas, une vive envie de le découvrir et pour ceux qui ont la chance de le connaître, la même envie d’y retourner.

                                                                              

* Monsieur Marc Maynègre fait référence depuis de nombreuses années sur le sujet. Vous pouvez consulter le site : http://www.yaquoila.com/sortie-cafe-memoire-avec-marc-maynegre-veller…

Infos

La maison et le jardin de Jean-Henri Fabre à Sérignan-du-Comtat sont la propriété du Muséum national d’histoire naturelle.

Restauré par le Ministère de la Culture et de la Communication, il est ouvert à la visite du public en 2006. La visite de l’Harmas deSérignan d’Avril à Octobre fait partie de l’itinéraire culturel de nombreux touristes nippons.                                                                           M.K

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