Café Mémoire « Les Moulins de Véroncle »

Le programme du dernier Café Mémoire du cycle 2012, fut involontairement modifié, suite à l’indisponibilité pour raison de santé de notre secrétaire-conférencière remplacée au pied levé par Monsieur Marc Maynègre, qui avec sa verve et passion habituelles nous fit découvrir : Les moulins de la combe de Véroncle. Ravis de l’accueillir à nouveau parmi nous, nous lui adressons nos plus vifs remerciements. Même si ce soir là, un léger mistral vint soulever les premières feuilles déjà tombées, tout le monde s’accorda pour confirmer avec plaisir, que l’été indien continuait de dispenser ses belles journées et c’est le verre de kir de bienvenue en main, que chacun trouva place à table.

L’ambiance conviviale du repas fut vite remplacée par une très grande attention accordée à Monsieur Maynègre, lorsqu’il développa le thème de la soirée. Pour beaucoup, l’étonnement fut grand de découvrir ces émouvants vestiges d’une richesse industrielle fabuleuse appartenant au passé, mais dont certains furent conservés grâce à la vigilance et au travail incessant de l’A.S.P.I.V.E Patrimoine Industriel du (Association pour la Sauvegarde du Vaucluse) et au respect des nombreux promeneurs qui n’hésitent pas à franchir, dans ce paysage magnifique, parfois quelques obstacles déposés par la nature. Pour l’occasion , nous avions adjoint aux ouvrages édités par l’association le très beau livre de l’ASPIVE, dont très peu d’exemplaires sont encore disponibles au siège de l’association.

Cette dernière rencontre de l’année, bien que riche en émotions diverses et variées, fut cependant, une très belle et sympathique soirée, au cours de laquelle plus d’une cinquante de plateaux repas fut servie et où 25 personnes vinrent se joindre à l’assemblée pour entendre la conférence.

Comme d’habitude, sous le charme et le savoir de ce conférencier « hors pair » le temps fila à notre insu et c’est avec beaucoup de regrets, que chacun quitta les lieux, juste après s’être donné rendez-vous, pour le premier Café Mémoire de la saison prochaine au mois de Février 2013.                                                                                                                                                                                                                                                                                                          M.K

Les Moulins de Véroncle : résumé de la conférence

Les moulins de Véroncle se situent dans une combe entre Murs et Gordes. Ce sont des vestiges d’un riche patrimoine industriel ancien, puisqu’ils ont fonctionné du XVIème au XIXème siècle.

Un ingénieux système d’exploitation des cours d’eau de la combe a permis autrefois l’activité de moulins. Avec peu d’eau, il a été possible de faire fonctionner pas moins de dix moulins échelonnés dans la descente de la gorge. Une canalisation des eaux avait permis la création d’un étang de 27 ha, situé à 1400 mètres à l’ouest de Murs ; il était régulé par un barrage ; des lâchers successifs alimentaient des moulins ; à la base de chacun, un canal de fuite descendait, après stockage, vers le moulin suivant. Le plus élevé se trouve à une altitude de 430 mètre, le plus bas à 200 mètres, soit une dénivellation de 230 mètres.

Depuis plus de 20 ans, cette gorge est mise en valeur par l’ASPPIV (Association Pour la Sauvegarde du Patrimoine Industriel en Vaucluse, créée en1983). Le site offre des vues magnifiques aux promeneurs qui n’ont pas peur d’affronter les quelques difficultés du parcours au cœur d’une nature qui a repris ses droits. M. Maynègre tient à souligner que les 30 000 visiteurs par an ne laissent pas de déchets ; au contraire, ils ont à cœur de respecter le milieu et certains d’entre eux, même, aident au débroussaillage.

Le territoire de Murs compte quatre moulins à eau (plus un moulin à vent) ; le territoire de Gordes en compte six.

M. Maynègre nous entraîne allègrement dans le cheminement de ce parcours de 7,750 km; il nous explique le fonctionnement de chaque moulin tout en nous précisant les traces qui permettent de les dater. C’est ainsi qu’il fait allusion à un texte datant de 1508 dans lequel il est question de clauses d’un contrat passé entre le seigneur de Murs et des meuniers : obligation était faite à ces derniers de venir faire 1/4 leur farine au moulin du seigneur ; en contrepartie, ils avait droit de pêche dans l’étang de retenue, très poissonneux. Du barrage, il reste les vestiges d’un mur de 120 mètres de long ; comme, il s’était écroulé à la base, car  il n’avait pas été prévu de vannes, il fut renforcé d’un second mur; entre les deux, de la glaise fut compactée. Une date est encore lisible : 1584 : s’agit-il de celle de la construction, de celle du renforcement ou encore de celle de la surélévation de 7 mètres ? Au-dessus du premier moulin dit des Etangs, on a trouvé des traces d’occupation humaine au néolithique; peut-être s’agit-il d’un atelier de taille de silex à dimension quasiment industrielle, étant donnée l’importance des éclats de silex en un tas de deux mètres de hauteur sur dix mètres de longueur !

M. Maynègre explique la structure et e fonctionnement des moulins, qui comptent généralement plusieurs niveux :  à la base, la « chambre des eaux » noyée, où tourne le « rodet  » mis en mouvement par la force de l’eau qui se déverse d’un « canon ». Tous les rodets des moulins ont disparu. Au-dessus, la « chambre des meules « : au-dessus de la meule « dormante  » (fixe) se trouve la meule « tournante » mise en rotation par le rodet ; le grain était écrasé entre ces deux  meules. Au-dessus, la pièce de stockage, en haut l’habitation.La roue était horizontale ; mais dans ce moulin des Etangs, un propriétaire du XIXème siècle, l’a transformée en roue verticale.

On arrive à lire la date de 1581 sur le linteau au-dessus de la porte d’entrée.

Le second moulin se nomme le Dévissé. Bien entendu, son nom mérite une explication que M. Maynègre nous livre avec humour. Ce nom provient d’une déformation par transmission orale : à une époque, le 2/4 propriétaire avait fait les colonies ; pour expliquer son drôle d’accoutrement à la population : il disait qu’il s’habillait en « derviche ». De derviche à dévissé, la déformation s’est faite facilement,naturellement pourrait-on dire, d’autant plus que l’on considérait ce propriétaire comme un hurluberlu ! Une meule de 350 kg a disparu, sans doute accrochée à des câbles et tirée par un tracteur. Peut-être se trouve-t-elle de nos jours dans la belle villa d’une star en quête d’authenticité !

Le troisième moulin se nomme la Charlesse. On peut y observer le « resclause » : sorte de réservoir où l’eau est retenue pour faire fonctionner le moulin par temps de basses eaux. Le « canon » est le plus visible et le mieux conservé : c’est la canalisation par laquelle l’eau se précipite dans la salle des eaux sur le rodet du moulin. Il existe des meules monolithes (d’un seul bloc) ou composites (formées de plusieurs blocs avec un sarclage) ; peut-être ces blocs proviennent-ils de plusieurs meules pour en faire une nouvelle.

Le dernier moulin sur le territoire de Murs se nomme moulin du puits de Cata. Il se trouve au-dessus d’un gouffre énorme qui n’a jamais été sondé ; ce gouffre appartiendrait au vaste système hydraulique du plateau de Saint-Christol qui alimente la Fontaine de Vaucluse. L’accès au moulin se faisait donc d’en haut, par la paroi. On suppose qu’il s’agissait d’un moulin à aiguiser.

A partir de cet endroit du parcours, le trajet de l’eau est canalisé, taillé par la main de l’homme.

Sur le territoire de Gordes, on arrive au moulin Jean de Marre 1. Il diffère des autres par son volume et la complexité de sa structure. Implanté sur un espace très pentu, ses quatre niveaux comptent 11 mètres de dénivelé. La chambre des eaux, en forme voûtée, est bâtie partiellement en sous-sol, dans le rocher. Après la chambre des meules du rez-de-chaussée, on accède à un grenier ou un 3/4 appartement. Le quatrième niveau, auquel on accédait de plain-pied par une porte ouvrant à l’ouest, se trouvait avec certitude une cuisine dont il reste encore la cheminée, l’évier et un placard ; ce fut sans doute le lieu d’habitation du meunier. Contrairement aux autres, il s’agissait dune véritable exploitation agricole avec figuiers, vignes, oliviers, et même basses-cours.

Notre parcours se poursuit jusqu’au moulin Jean de Marre 2. Le torrent se creuse dans le crétacé inférieur . La resclause étant éloignée de plusieurs centaines de mètres, on a eu recours à un puits vertical pour s’assurer d’une colonne de pression maximale.

On arrive ensuite au moulin Cabrier. A l’importante resclause d’origine en partie sous roche il a été ajouté un barrage au 19ème siècle qui a formé une pré-reslause, ce qui révèle les problèmes d’approvisionnement en eau qui se posaient déjà à l’époque. Ce moulin semble ne pas avoir été habité.

Il reste très peu de vestiges des trois derniers moulins : moulin des Grailes 1, moulin des Grailles 2 et moulin de Cartasse.

Le Réseau Européen des Moulins en Espace Rural a entrepris un vaste programme de restauration de ce patrimoine industriel.

Bien installés sur nos chaises, la promenade s’est faite sans peine pour nous. Les vues nous ont fait découvrir un lieu plein de charme où l’on ne sait entre l’homme et la nature lequel a maîtrisé l’autre : c’est peut-être cet l’arbre qui a poussé au centre d’une meule abandonnée, empêchant tout déplacement de celle-ci, qui nous donne la réponse. Grâce au savoir et à la verve de M.Maynègre, ces deux heures passées dans la comble de Véroncle ont été un enchantement.

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Marie-Claude Balin

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