Café Mémoire La culture de la garance en Vaucluse

Très grand succès pour le dernier Café mémoire de l’année, consacré à la culture de la garance en Vaucluse. Il faut Garance 1dire que cette plante tinctoriale reste un souvenir vivace dans la mémoire de notre département qui a connu au XIXème siècle une période de prospérité et de renommée grâce à elle. Notre Garance 2conférencier, Monsieur Jean Dubuisson, a mis toutes ses connaissances de scientifique à la portée de tous pour nous expliquer, avec de très intéressants documents à l’appui, les conditions de cette culture, bien méconnues des générations actuelles ; et nombreux sont ceux qui ont regardé avec curiosité les racines et outils présentés à l’occasion. Cette plante n’était cultivée que pour sa racine dont l’anneau cortical contient l’alizarine, la Garance 3substance tinctoriale. C’était un sol léger et calcaire qui permettait de donner la meilleure qualité du colorant, comme les anciens marécages entre L’Isle et Entraigues. Mais l’activité se révélant très lucrative, l’ensemble du Vaucluse s’est couvert de garancières dans les années 1840- 1880, yGarance 4 compris les collines moins propices, comme en témoignent des cartes d’occupation des cultures. Dans le même temps, les activités artisanales des bords de Sorgue s’orientaient vers le traitement de la plante. Ce fut une époque où le succès évinça les autres cultures et activités artisanales. Le Vaucluse devint le premier producteur mondial avec 65% de toute la production.

Pourtant, cette culture n’était pas facile, notamment au Garance 5moment de l’extraction de la racine, à la fourche, ou bien à la charrue qu’il fallait faire tracter par un attelage colossal. Monsieur Dubuisson nous montra commentGarance 6 des chercheurs s’intéressèrent à la mécanisation de la culture. Les racines pouvaient être vendues en bottes à des négociants, mais elles furent aussi transformées en poudre dans le département, ce qui donna du travail aux ouvriers. Après être passées dans une étuve, elles étaient broyées dans les nombreux moulins installés le long de la Sorgue de Garance 8Velleron et d’Entraigues.

Et d’autres Vauclusiens, aussi bien négociants que scientifiques, se lancèrentGarance 9 dans des études pour éliminer les éléments étrangers et ne garder que l’alizarine de la poudre. Citons entre autres Julian et Roquer, installés à Sorgues, Lagier, chimiste avignonnais, l’industriel Pernod pour l’extrait de garance et même Jean Henri Fabre.

Garance 10Garance 11 Bientôt des usines de « garancine » furent construites le long du canal de Vaucluse, d’autant plus que la mode de l’indiennage (tissus blancs imprimés mécaniquement de motifs) augmentait la demande.

Mais en 1869, deux chimistes allemands trouvèrent le moyen de produire de l’alizarine de synthèse qui avait un Garance 12Garance 13pouvoir colorant 70 fois supérieur au produit naturel. La culture de la garance cessa d’être rentable. En 1880, plus aucun agriculteur ne la cultivait. Et ce fut aussi la fin des manufactures ! Ainsi l’âge d’or du rouge vauclusien fut aussi éphémère qu’il avait été fulgurant ! A la fin de sa conférence, Monsieur Dubuisson évoqua quelques idées tenaces à combattre. Il souleva d’abord la question de la provenance de couleur garance pour les tenues militaires de soldats de la Grande Guerre. Notre département, qui avait abandonné la culture depuis plus de 30 ans, n’a donc pris aucune part dans l’approvisionnement du colorant, pas plus que l’Alsace, autre région productrice. C’estGarance 14 bien un colorant de synthèse qui a été utilisé. Et bien sûr, il ne pouvait terminer son propos sans évoquer Jean Althen, agronome d’origine persane présenté comme l’introducteur de la culture en Vaucluse et dont le hameau qui s’érigea en commune en 1845 décida de prendre son nom : Althen des Paluds en reconnaissance au grand homme qui leur avait apporté la prospérité. Pourtant, des historiens contestent des faits d’une vie qui apparaît bien rocambolesque; ils voient plutôt en lui un personnage dépensier, aventurier, peut-être même affabulateur. Bref, quelqu’un de très controversé… Une certitude : personne ne conteste sa pugnacité dans son activité. Il est mort dans la misère la plus totale en 1774, avant l’explosion du développement que la garance apporta à la région.

L’auditoire, composé de plus de cent personnes, continua à manifester son vif intérêt pour le sujet en posant de nombreuses questions. Un grand merci à Monsieur Dubuisson.                                  M.C-B   

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